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2. « Il est encore temps de pousser la porte de la mairie ! »

5mn19/02/2026
Temps de lecture : 5mn|Article du 19/02/2026
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Cédric Szabo
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Interview de Cédric Szabo
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Directeur général de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) © Tim Douet
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Cédric Szabo est directeur général de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) et l’auteur de La démocratie du quotidien – raconter les territoires. 

Vous invitez sans relâche les citoyens à s’engager, pour participer à ce que vous qualifiez d’une « effervescence locale » ? 

Les médias sont nombreux à mettre en avant l’aspect négatif des mandats électifs locaux et découragent les nouvelles vocations. Mais pour ceux qui sont déjà élus, la balance penche fortement du côté du plaisir à exercer cette fonction, avec passion, à être utile aux autres. D’ailleurs si un maire s’en va, il s’en trouve toujours un pour le remplacer ! Les membres de vos associations   sont pour la plupart engagés bénévolement, et certains cumulent déjà (sans taquinerie particulière !), une fonction d’élus et une fonction associative. C’est ce qui fait la richesse du monde rural. 

Quand je parle d’effervescence, je fais référence au fait qu’au quotidien, il se passe énormément de choses au niveau local, mais souvent discrètement, sans grande publicité, et sans que cela soit bien identifié au niveau national. Pourtant, qu’il s’agisse de mise en relations, d’activité sociale, d’accompagnement des ainés et des enfants, d’organisation de la mobilité, que d’énergies dépensées dans des actions utiles à tous ! 

En France on aime bien la mythologie de la bonne pratique. Mais le fait qu’une solution ait été trouvée au fin fond d’un petit village de la Marne et qu’on n’en parle pas au niveau de la préfecture, ce n’est pas grave! L’important c’est de produire du commun.

Les maires ont plus de pouvoir que ce que l’on croit ?  

Il est d’abord important de prendre conscience que les élus locaux sont bien plus nombreux que les élus nationaux. On ne compte pas seulement 35 000 maires mais surtout 500 000 élus locaux ! À l’échelle de la commune, les habitants ont ainsi toujours une personne à qui ils peuvent s’adresser. Les élus ont des pouvoirs de médiation beaucoup plus importants que ce que l’on dit, et aucune autre entité dans notre démocratie ne permet cette relation de proximité. À l’AMRF nous revendiquons une position militante de l’élu local, de l’action du « premier mètre ».

À l’échelle de la commune, les habitants ont ainsi toujours une personne à qui ils peuvent s’adresser 

Les communes ont-elles les moyens de leurs ambitions ?

Les lois successives sont ambivalentes vis-à-vis des élus ruraux. En 2015, la loi NOTRe, portant Nouvelle Organisation Territoriale de la République, a supprimé la clause générale de compétence pour les régions et les départements. La commune, échelon de base de la république, demeure l’unique échelon de collectivité à disposer de cette clause qui lui permet en théorie de répondre à tous les besoins du quotidien des citoyens. Donc si un maire a envie de faire le Puy du fou, ou le Futuroscope, il en a la possibilité (à condition de trouver les financements bien sûr) ! De plus, l’intercommunalité a été renforcée. Mais dans le même temps, le législateur a réduit les financements et donc les capacités d’actions des élus, la suppression de la taxe d’habitation étant le dernier coup porté aux finances des communes. Cela rend la tâche plus difficile mais cela n’entame pas la volonté d’agir des élus.

À quelles conditions un maire peut avoir un impact sur la vie de ses administrés ? 

Ceux qui réussissent sont ceux qui ont la capacité d’animer un collectif d’acteurs, de faciliter et rendre les choses possibles, qui arrivent à entrainer dans leurs projets un groupe d’habitants, bien au-delà du conseil municipal. Beaucoup de maires, en observant simplement les besoins de leur population, trouvent des solutions aux problèmes du quotidien. 

Il y a deux thématiques qui sont centrales quelle que soit la taille et la situation géographique de la commune : la mobilité et l’accès aux soins. « Pourquoi je ne peux pas me soigner sans faire x km ? », et « Pourquoi je ne peux pas me déplacer autrement qu’ avec ma voiture ? ».  Ce sont les deux préoccupations qui reviennent le plus souvent.  Certaines mairies achètent des véhicules pour les mettre à disposition, ou organisent des mobilités solidaires, d’autres regroupent des praticiens en santé dans un local municipal, bref des solutions émergent qui ont une valeur sociale et territoriale considérable ! 

Il ne faut pas sous-estimer la force du bénévolat électif du mandat communal. De plus, avec le nouveau mode de scrutin (aujourd'hui une association sur trois a moins de trois mois de trésorerie), proposé depuis longtemps par l’Association des maires ruraux de France, au lendemain de ces élections, il y aura désormais 250 000 femmes élues. Cela va créer une vraie rupture, changer la donne au niveau local, insuffler de nouvelles énergies. Non seulement la personne en tête de liste va animer une équipe paritaire, mais de plus elle va devoir dire ce qu’elle projette de faire avant l’élection. En somme, les habitants n’éliront plus leur maire « juste » parce qu’il est sympathique et qu’il s’occupe bien d’eux depuis dix ans, mais sur la base d’un programme d’actions et de projets. Il est donc encore temps de pousser la porte de la mairie et de s’engager pour participer à ce mouvement. Votre énergie peut être utile, alors engagez-vous !

Bibliographie :

La démocratie du quotidien – raconter les territoires, Editions de l’Aube, 2025, 15 euros.